Toucher tout son chômage en une seule fois : conditions, démarches et précautions à connaître

Toucher tout son chômage en une seule fois attire beaucoup de demandeurs d’emploi, surtout ceux qui envisagent de créer ou reprendre une entreprise. Derrière cette idée, il y a un dispositif bien précis, l’ARCE, et un cadre strict fixé par Pôle Emploi. Entre la promesse d’un capital immédiat et la sécurité d’une allocation chômage mensuelle, ... Lire plus
Emmanuel Rivière
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Toucher tout son chômage en une seule fois attire beaucoup de demandeurs d’emploi, surtout ceux qui envisagent de créer ou reprendre une entreprise. Derrière cette idée, il y a un dispositif bien précis, l’ARCE, et un cadre strict fixé par Pôle Emploi. Entre la promesse d’un capital immédiat et la sécurité d’une allocation chômage mensuelle, le choix n’est jamais purement théorique : il engage la trésorerie, le rythme de lancement du projet et la capacité à encaisser les aléas. Quand une rupture de contrat survient, certains ont besoin d’un filet de sécurité, d’autres d’un coup de boost financier pour démarrer vite. Les deux logiques peuvent se défendre, mais pas pour les mêmes profils.

Ce dispositif ne se résume pas à un simple « versement unique » des indemnités. Il impose des conditions d’éligibilité précises, des démarches administratives minutieuses et des précautions très concrètes pour éviter de se retrouver à court de ressources au bout de quelques mois. Une erreur fréquente consiste à se focaliser sur le montant du capital sans poser les chiffres sur la durée, ni vérifier l’impact fiscal, ni anticiper le scénario où l’activité ne décolle pas. À l’inverse, certains renoncent à l’ARCE par peur de se tromper alors qu’un capital de départ aurait clairement facilité leurs premiers investissements. Tout l’enjeu consiste à sortir d’une décision « à l’instinct » pour la ramener sur le terrain des chiffres, du calendrier et de la stratégie.

En bref

  • L’ARCE permet de transformer une partie des droits à l’allocation chômage en versement unique (en réalité en deux versements espacés de six mois).
  • Ce dispositif est réservé aux demandeurs d’emploi qui créent ou reprennent une entreprise et qui ont obtenu l’ACRE.
  • Le choix entre maintien de l’ARE mensuelle et ARCE est structurant pour la trésorerie du projet et ne se rattrape pas facilement.
  • Les démarches administratives impliquent Pôle Emploi, l’URSSAF, l’immatriculation et un dossier de demande spécifique à l’ARCE.
  • Une mauvaise gestion du capital, ou une sous-estimation des charges, expose à un trou de revenus difficile à rattraper.

Toucher son chômage en capital grâce à l’ARCE : logique, calcul et impact sur la trésorerie

Dès qu’un projet de création d’activité apparaît, la tentation est forte de se dire : « Autant toucher tout mon chômage en une seule fois. » En pratique, le dispositif phare n’est pas un chèque global de 100 % des droits, mais une aide nommée ARCE (Aide à la Reprise ou à la Création d’Entreprise) qui transforme une partie des droits restants en capital. Ce capital sert de carburant pour financer le démarrage : matériel, première communication, dépôt de garantie d’un local, trésorerie pour encaisser les premiers mois sans chiffre d’affaires. Pour beaucoup d’entrepreneurs, ce coup de pouce fait la différence entre un projet théorique et un lancement réel.

Concrètement, l’ARCE correspond à environ 45 % des droits ARE restants au moment de la création ou de la reprise d’entreprise. Pôle Emploi calcule un reliquat de droits, puis applique ce pourcentage, après certaines retenues sociales ou fiscales. Ce montant est versé en deux fois : une première moitié à la validation du dossier, la seconde six mois plus tard, sous réserve que l’activité existe toujours. Il ne s’agit donc pas exactement de « tout son chômage », mais d’un pourcentage significatif des indemnités qui restaient à percevoir.

Imaginons par exemple Karim, 39 ans, technicien licencié qui dispose encore de 14 000 € de droits ARE. Il décide de lancer une activité de maintenance informatique en micro-entreprise. En activant l’ARCE, il obtient en gros 45 % de ces 14 000 €, soit 6 300 € de capital potentiel, versés en deux fois. Première tranche : environ 3 150 € à la validation de son dossier. Seconde tranche : 3 150 € six mois plus tard, à condition que sa micro-entreprise soit toujours active. En échange, il renonce au versement mensuel classique de l’ARE sur toute cette période. S’il avait choisi le maintien de l’ARE, il aurait perçu ses 14 000 € sous forme de mensualités plus ou moins lissées, avec des ajustements selon ses revenus.

Ce choix ne se règle pas seulement avec une calculette. Une activité de prestation intellectuelle en ligne demande peu d’investissements au départ, mais nécessite parfois plusieurs mois avant de trouver une clientèle stable. À l’inverse, un projet de services à la personne ou de formation avec location de salle, achat de matériel ou campagne de publicité a intérêt à disposer d’un capital dès le démarrage. On voit très nettement que certains projets supportent mieux la logique de capital, d’autres la logique de revenu régulier. Penser en flux de trésorerie plutôt qu’en montant global est souvent le déclic qui manque.

Autre point incontournable : l’impact de ce capital sur le niveau de vie du foyer. Là encore, le réflexe doit être de regarder le budget réel. Un entrepreneur qui vit seul dans un studio n’a pas les mêmes contraintes qu’un parent qui rembourse un crédit immobilier et supporte des frais élevés (transport, enfants, santé). Dans ce deuxième cas, transformer son chômage en capital sans plan clair peut fragiliser tout l’équilibre du foyer. Une enveloppe de 6 000 ou 8 000 € paraît confortable sur le papier, mais se consume très vite quand plusieurs mensualités de prêt et de charges fixes tombent.

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Enfin, ce capital doit être mis en regard des autres sources d’aide financière disponibles. Certains entrepreneurs cumulent par exemple ARCE, microcrédit, aides régionales ou fonds spécifiques sectoriels. D’autres, par manque d’information, se contentent de l’ARCE et se retrouvent à court au bout de quatre mois. Le capital chômage n’est pas un budget unique : il doit s’intégrer dans un montage global, au même titre qu’un apport personnel ou un prêt bancaire. Le signal à garder en tête est simple : tant que le budget n’est pas posé noir sur blanc, la décision sur l’ARCE reste fragile.

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Comparaison structurée : maintien de l’ARE mensuelle ou ARCE en capital

Pour clarifier cette décision, un tableau synthétique aide souvent à visualiser les écarts. Au lieu de se perdre dans les théories, regarder quelques critères concrets permet de voir de quel côté penche la balance.

CritèreMaintien de l’ARE mensuelleARCE (versement en capital)
Forme du versementIndemnités versées chaque mois, ajustées aux revenusVersement unique en deux fois (environ 45 % des droits restants)
Sécurité de revenuRevenu régulier pendant la durée des droitsPas de revenu chômage mensuel, dépendance au chiffre d’affaires
Besoin en trésorerie initialeFaible ou limitéImportant (investissements, lancement rapide)
Gestion administrativeActualisation mensuelle auprès de Pôle EmploiDossier ARCE, justificatifs ACRE, suivi d’activité
En cas d’échec du projetDroits restants recalculés selon ce qui a été verséPossibilité de reliquat de droits, diminué du capital déjà perçu

Une règle pratique ressort souvent sur le terrain : un projet très peu capitalistique avec forte incertitude commerciale supporte mieux le maintien de l’ARE. Un projet déjà bien préparé, avec premiers clients identifiés, mais besoin d’investir vite, tire clairement profit de l’ARCE. On ne choisit pas seulement une aide, on choisit une trajectoire de lancement.

Conditions d’éligibilité pour toucher son chômage en une fois et erreurs à éviter

Avant d’imaginer le montant du capital, il faut vérifier que les conditions d’éligibilité sont bien remplies. Beaucoup de déceptions viennent d’une confusion entre l’ARE, l’ARCE, l’ACRE et les autres aides. Sur le plan de base, le demandeur doit avoir droit à l’allocation chômage, c’est-à-dire avoir suffisamment cotisé au cours de la période de référence. En pratique, il faut justifier d’environ six mois de travail (130 jours ou 910 heures) sur les 24 derniers mois, avec quelques variations possibles pour certains profils (plus de 53 ans, contrats très fractionnés, etc.).

Deuxième pilier : l’inscription comme demandeur d’emploi auprès de Pôle Emploi, avec une situation de rupture de contrat claire (licenciement, fin de CDD, rupture conventionnelle, parfois démission considérée comme légitime). La personne doit être indemnisée ou indemnisable, même si le versement des droits n’a pas encore commencé. Sans ces briques de base, la question de l’ARCE ne se pose pas.

Pour basculer vers le versement unique via l’ARCE, plusieurs contraintes s’ajoutent. D’abord, la création ou la reprise de l’entreprise doit être réelle et justifiée : numéro SIRET, immatriculation au registre compétent, activité déclarée. Ensuite, l’obtention de l’ACRE est obligatoire, car elle conditionne l’ARCE. L’ACRE ouvre une exonération partielle de charges sociales au démarrage, ce qui indique à Pôle Emploi que le projet est formellement engagé.

Une autre limite, souvent méconnue, tient au fait de ne pas avoir déjà bénéficié de l’ARCE pour une autre création ou reprise depuis moins de trois ans. Pôle Emploi veille à ce que ce dispositif ne soit pas utilisé comme une source récurrente de capital à chaque changement de projet. Enfin, la personne doit renoncer au maintien mensuel de l’ARE pour la période couverte par ce capital. Vouloir cumuler les deux sans condition n’est tout simplement pas possible.

Sur le terrain, les blocages viennent souvent de détails administratifs. Une attestation employeur incomplète, une date de rupture de contrat mal renseignée, un dossier ACRE déposé en retard, et c’est toute la mécanique qui se grippe. C’est précisément là que la rigueur administrative fait gagner des semaines. Une documentation bien rangée, des copies numériques prêtes, un calendrier de démarches, et la demande devient beaucoup plus fluide.

Pour clarifier ces prérequis, un tableau synthétique aide à vérifier où l’on en est.

CritèreExigence pour l’ARCE
Droits à l’AREIndemnités chômage ouvertes ou ouvrables (conditions de travail remplies)
InscriptionÊtre inscrit comme demandeur d’emploi auprès de Pôle Emploi
Projet entrepreneurialCréation ou reprise d’entreprise effective (SIRET, immatriculation)
ACREObtention de l’aide aux créateurs et repreneurs d’entreprise
Antécédents ARCENe pas avoir perçu l’ARCE pour un autre projet récent (3 ans environ)

Les précautionsrupture conventionnelle avec projet de vente ou de reprise, la coordination entre la sortie du contrat de travail et la création de la structure devient encore plus sensible.

Dernier point à avoir en tête : toutes les aides ne se cumulent pas à l’infini. Certaines primes régionales, dispositifs locaux ou compléments sociaux (RSA, aides au logement, etc.) interagissent avec l’ARCE et avec les revenus de l’entreprise. Un passage par une ressource comme les dispositifs RSA et aides CAF permet souvent de vérifier l’effet domino sur l’ensemble du budget du foyer. L’ARCE doit s’intégrer dans un paysage d’aides, pas être décidée isolément.

Démarches administratives pour demander l’ARCE et sécuriser le versement unique

Une fois les prérequis validés, le parcours administratif commence réellement. L’image d’un « simple clic » ne correspond pas à la réalité : obtenir le versement unique suppose de coordonner plusieurs étapes, avec parfois des allers-retours entre les services. Le fil logique est le suivant : ouverture ou confirmation des droits à l’ARE, demande d’ACRE, création officielle de l’entreprise, puis demande d’ARCE auprès de Pôle Emploi.

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La création de l’entreprise (ou sa reprise) passe par les centres de formalités compétents, souvent en ligne via les guichets uniques. Une fois le dossier validé, le futur entrepreneur reçoit un numéro SIRET et une attestation d’immatriculation. C’est ce document qui prouve que le projet est effectif, et non simplement à l’état d’idée. En parallèle, la demande d’ACRE doit être déposée dans les délais, en général dans les 45 jours suivant la déclaration de début d’activité.

Du côté de Pôle Emploi, tout se pilote depuis l’espace personnel en ligne. La demande d’ARCE se fait via un formulaire spécifique, souvent accessible après avoir signalé son projet de création ou de reprise d’entreprise à son conseiller. Le dossier doit contenir plusieurs pièces : attestation d’obtention de l’ACRE, justificatif d’immatriculation, relevé d’identité bancaire, parfois un descriptif du projet. Chaque élément sert à vérifier que le passage de l’ARE vers l’ARCE repose sur une activité réelle et déclarée.

Le schéma classique ressemble à ceci :

  1. Confirmer ses droits ARE après la fin du contrat de travail.
  2. Créer ou reprendre l’entreprise et obtenir un numéro SIRET.
  3. Déposer la demande d’ACRE dans les délais réglementaires.
  4. Transmettre à Pôle Emploi la preuve de création et l’attestation ACRE.
  5. Remplir le formulaire de demande d’ARCE et attendre la décision.

Les délais de traitement varient selon les agences, mais le premier versement intervient en général dans les semaines qui suivent la validation du dossier. Pendant ce temps, l’actualisation mensuelle sur Pôle Emploi reste importante, ne serait-ce que pour signaler le passage en activité non salariée et éviter les suspicions de fraude. Une actualisation négligée peut déclencher des contrôles ou des suspensions de versement.

Un point déstabilisant pour de nombreux porteurs de projet tient à la coexistence entre l’administration sociale et les contraintes de l’entreprise. Par exemple, il faut parfois avancer des frais (caution de local, premier stock) avant de recevoir l’ARCE. D’où l’intérêt d’anticiper le décalage de trésorerie et, si besoin, d’envisager un financement complémentaire. Il arrive aussi que certains oublient de vérifier les conséquences du statut choisi (micro-entreprise, société unipersonnelle, etc.) sur les cotisations et la fiscalité, ce qui perturbe leur prévision de trésorerie.

La phase de suivi n’est pas à négliger. Six mois après le premier versement, Pôle Emploi vérifie que l’activité existe toujours avant de débloquer la seconde moitié du capital. Concrètement, cela passe par la production de justificatifs : attestations fiscales, déclaration de chiffre d’affaires, extrait Kbis récent, selon le cas. Cette étape rappelle que l’ARCE n’est pas un chèque sans contrepartie, mais un soutien conditionné à la poursuite de l’activité.

Quand ces démarches sont prises au sérieux dès le départ, elles cessent d’être un labyrinthe et deviennent une feuille de route. L’enjeu, pour chaque futur entrepreneur, est d’éviter de traiter ces étapes comme une formalité secondaire. Ces formalités conditionnent directement la capacité à démarrer dans de bonnes conditions financières.

Précautions financières et stratégiques avant de transformer son chômage en capital

Une fois le dispositif compris et les conditions remplies, reste la question centrale : faut-il vraiment convertir ses droits à l’allocation chômage en capital, et comment sécuriser ce choix ? Là, on quitte le terrain purement administratif pour entrer dans la gestion de risques. Un capital de quelques milliers d’euros donne un sentiment de liberté, mais peut se transformer en mirage si les dépenses ne sont pas cadrées.

La première précaution consiste à bâtir un budget prévisionnel réaliste, et non optimiste. Il ne s’agit pas seulement d’estimer le chiffre d’affaires espéré, mais d’identifier en détail les charges fixes (loyer, abonnements, assurances, outils, cotisations sociales, fiscalité) et les charges variables. Beaucoup sous-estiment par exemple le coût réel de la protection sociale hors salariat, ou l’impact de la TVA. La comparaison avec un salarié rémunéré au SMIC, via des outils comme le calcul du SMIC net sur 39 heures, donne souvent une idée concrète du niveau de revenu qu’il faut atteindre pour simplement maintenir le niveau de vie.

Deuxième précaution : décider à l’avance ce que le capital ARCE finance, et ce qu’il ne finance pas. Mélanger dépenses personnelles et dépenses professionnelles dans le même compte est l’un des meilleurs moyens de se perdre. Une approche simple consiste à ventiler le capital en blocs : une part pour les investissements de départ (matériel, communication, site web), une part pour constituer un matelas de trésorerie purement professionnelle, éventuellement une petite part pour lisser les charges familiales durant les premiers mois. Tant que ces enveloppes ne sont pas définies, chaque dépense se justifie « sur le moment », ce qui finit par engloutir le capital sans vision.

Un autre point, rarement abordé, concerne l’état psychologique face au risque. Certains profils supportent bien les variations de revenus, d’autres beaucoup moins. Un ancien cadre habitué à un salaire stable ressent souvent comme une violence la disparition de la fiche de paie mensuelle. En choisissant l’ARCE, il accepte de s’exposer à des mois à zéro chiffre d’affaires. Ce facteur humain compte autant que les chiffres. Un profil très anxieux, déjà sous tension après une rupture de contrat, a parfois intérêt à garder le maintien de l’ARE au moins quelques mois, quitte à se poser la question de l’ARCE plus tard.

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Pour les personnes qui n’ont pas de marge de manœuvre, il ne faut pas perdre de vue les dispositifs de solidarité. Selon les revenus du foyer et les charges, le RSA activité ou d’autres aides sociales peuvent compléter temporairement une période de démarrage difficile. Là encore, l’ARCE n’est pas le seul outil du paysage, même si c’est celui qui concentre souvent le plus d’attention. L’objectif n’est pas de cumuler toutes les aides possibles, mais de construire un socle minimal de sécurité pour tenir dans la durée.

Enfin, il est utile de se projeter dans le scénario d’échec, non pas pour se décourager, mais pour limiter la casse si l’entreprise ne décolle pas. Que se passe-t-il si, au bout de 10 ou 12 mois, l’activité ne permet toujours pas de se rémunérer correctement ? A-t-on encore un reliquat de droits au chômage ? Quelles seraient les possibilités de retour à l’emploi salarié, de reconversion, de formation ? Se poser ces questions en amont permet de prendre une décision sur l’ARCE en pleine conscience, plutôt que sous le coup de l’enthousiasme.

En résumé, transformer ses indemnités en capital n’est pas qu’une affaire de formulaire. C’est une décision stratégique qui doit être alignée avec la réalité du budget, la nature du projet, le profil psychologique et les plans de secours possibles. Celui ou celle qui se donne ce temps de réflexion augmente très nettement ses chances de tirer profit de l’ARCE, au lieu de la subir.

Gestion des droits au chômage après l’ARCE, cumul et questions récurrentes

Dernier volet, souvent mal compris : ce qu’il advient des droits au chômage après avoir touché l’ARCE. Contrairement à une idée très répandue, l’acceptation de l’ARCE n’efface pas intégralement tous les droits. Elle transforme environ 45 % des droits en capital, mais laisse un reliquat potentiel mobilisable en cas d’arrêt de l’activité. À condition de respecter la procédure de réinscription et de prouver la cessation d’activité.

Reprenons le cas de Karim. Il a perçu 6 300 € au titre de l’ARCE sur un reliquat initial de 14 000 €. S’il met fin à sa micro-entreprise après un an, il peut, en principe, récupérer une partie des droits restants. Le calcul se fait sur la base des droits non consommés, diminués des sommes déjà versées en capital. Autrement dit, il ne recommence pas à zéro, mais il ne retrouve pas non plus l’intégralité des 14 000 €. L’idée générale est que la protection chômage a déjà été partiellement utilisée sous forme de capital.

Une question revient souvent : que se passe-t-il si l’activité ne génère aucun chiffre d’affaires, mais n’est pas officiellement clôturée ? Tant qu’il y a une activité déclarée, même à 0 €, Pôle Emploi considère généralement que le statut reste celui de créateur ou travailleur indépendant. Pour réactiver les droits ARE, il faut une preuve de cessation : radiation de la micro-entreprise, dissolution de la société, déclaration de cessation d’activité effective. Cette exigence évite les situations où certains chercheraient à cumuler indéfiniment un statut d’entrepreneur « dormant » et les indemnités chômage.

Autre sujet sensible : l’actualisation. Même avec l’ARCE, le lien avec Pôle Emploi et l’actualisation mensuelle reste d’actualité dans certains cas. Selon le profil, on peut être amené à déclarer une activité non salariée, des revenus ou une situation particulière. Ne pas prendre cette actualisation au sérieux peut conduire à des indus ou à des suspensions de versement, ce qui complique encore davantage une situation financière souvent fragile.

Dans la pratique, beaucoup de porteurs de projet découvrent la mécanique de l’ARCE au moment même où ils vivent une période émotionnellement chargée : licenciement, litige, fatigue accumulée. Le risque, dans ces moments-là, est de signer des documents sans en mesurer toutes les conséquences. Là où un salarié se pose généralement mille questions avant une rupture de contrat, il signe parfois beaucoup trop vite les formulaires liés au chômage et aux aides. Prendre le temps de lire, de poser des questions, voire de solliciter un avis extérieur, n’a rien d’un luxe.

Enfin, certains profils spécifiques méritent un regard particulier : salariés licenciés pour faute, retours de congé sans solde, fin de période d’essai non concluante, etc. Le droit à l’allocation chômage ne réagit pas de la même manière selon les motifs de rupture. Avant de miser sur l’ARCE, ces cas devraient vérifier leurs droits exacts, par exemple via des ressources dédiées au chômage après faute grave ou aux fins de période d’essai. L’ARCE n’a de sens que sur des droits bien établis. Un flou à ce niveau fragilise toute la suite.

Poser ces points dès maintenant évite une surprise amère plus tard. Au fond, la vraie bonne question n’est pas « comment toucher tout son chômage en une fois ? », mais « quelle utilisation des droits au chômage sert le mieux le projet et la situation personnelle, aujourd’hui et dans deux ans ? ».

Peut-on vraiment toucher 100 % de son chômage en une seule fois ?

Non. Le dispositif qui ressemble le plus à un versement unique est l’ARCE, mais il ne porte que sur environ 45 % des droits restants à l’ARE. Ce montant est versé en deux fois, à la création ou reprise d’entreprise puis six mois plus tard si l’activité existe toujours. Le reste des droits reste potentiellement mobilisable en cas de cessation d’activité, sous conditions.

Faut-il déjà avoir créé l’entreprise pour demander l’ARCE ?

Oui. Pôle Emploi exige une création ou reprise effective d’entreprise, avec un numéro SIRET et des justificatifs d’immatriculation. L’obtention de l’ACRE est également indispensable. Tant que le projet reste à l’état d’idée ou de simple business plan, la demande d’ARCE ne peut pas aboutir.

Que se passe-t-il si l’activité échoue après avoir touché l’ARCE ?

En cas de cessation d’activité prouvée (radiation, dissolution, etc.), il est possible de se réinscrire comme demandeur d’emploi et de demander la reprise des droits non utilisés. Pôle Emploi recalcule alors un reliquat en tenant compte des montants déjà versés au titre de l’ARCE. On ne repart pas de zéro, mais on ne retrouve pas non plus la totalité des droits initiaux.

Peut-on cumuler ARCE et allocation chômage mensuelle ?

Non, pas pour la même période. Choisir l’ARCE revient à renoncer au maintien mensuel de l’ARE pour la partie de droits transformée en capital. Le cumul ARE + revenus d’activité reste possible uniquement dans le scénario du maintien d’ARE, pas dans celui de l’ARCE, sauf cas ultérieur de réouverture des droits après cessation d’activité.

L’ARCE est-elle imposable sur le revenu ?

Oui, l’ARCE est soumise à l’impôt sur le revenu, comme les autres aides issues des droits à l’ARE. Le montant perçu doit être intégré dans la déclaration annuelle, ce qui peut influencer le taux d’imposition du foyer. Prévoir cette dimension fiscale dans le plan de financement permet d’éviter les mauvaises surprises l’année suivante.

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